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Société et gaming 3 min de lecture Par Lucie

Égalité salariale dans l'esport : 5 témoignages

Cinq joueuses pros, casteuses et coachs partagent leur salaire et leurs négociations. La réalité crue de l'égalité dans l'esport français.

Sommaire 8 sections
  1. Témoignage 1 : Joueuse Valorant féminine, 23 ans
  2. Témoignage 2 : Casteuse League of Legends, 28 ans
  3. Témoignage 3 : Coach Counter-Strike, 31 ans
  4. Témoignage 4 : Streameuse partenaire Twitch, 26 ans
  5. Témoignage 5 : Manager équipe esport, 34 ans
  6. Ce qui doit changer concrètement
  7. Ce qu'on en retient
  8. Sources

L'égalité salariale dans l'esport est un sujet tabou. Les contrats restent confidentiels, les transferts gardés secrets, les négociations individuelles. Cinq femmes pros, casteuses ou coachs ont accepté de témoigner anonymement de leurs salaires et négociations dans l'esport français. Les résultats sont contrastés, parfois encourageants, souvent décourageants.

Témoignage 1 : Joueuse Valorant féminine, 23 ans

"Je joue en équipe Game Changers (circuit féminin Valorant). Salaire mensuel net 1800 euros plus bonus de tournoi entre 200 et 1500 euros selon les résultats. Mes collègues masculins en équipe mixte à niveau équivalent touchent entre 3000 et 4500 euros mensuels. L'écart vient du sponsoring : les ligues mixtes attirent 3 à 5 fois plus de sponsors. Je négocie mal, je le reconnais, mais l'écart structurel ne se rattrape pas en négociation individuelle."

Témoignage 2 : Casteuse League of Legends, 28 ans

"Je caste la LFL (Ligue Française de League of Legends) depuis 3 saisons. Mon salaire est de 4500 euros par mois, identique à mes collègues hommes selon les chiffres que j'ai pu croiser. C'est l'exception encourageante. Mais quand j'ai négocié mon premier contrat, on m'a proposé 3500 contre 4500 pour un collègue homme arrivé en même temps. J'ai dû renégocier 2 mois après mon arrivée, en montrant les chiffres d'audience similaires."

Témoignage 3 : Coach Counter-Strike, 31 ans

"Je suis l'une des très rares femmes coach en CS:GO pro. Salaire annuel autour de 65000 euros sur l'année 2024, avec bonus de résultats. Mes collègues coachs hommes à équivalence touchent entre 80000 et 110000 euros. L'écart est significatif et n'a aucune justification objective. Les performances de mes équipes coachées sont comparables à celles de mes collègues. J'envisage de quitter la coach pour passer côté analyste, où les écarts seraient moindres."

Témoignage 4 : Streameuse partenaire Twitch, 26 ans

"Mon revenu net moyen est de 6500 euros par mois (subs, bits, sponsoring, événements). Pour des audiences comparables, mes amis streamers hommes touchent entre 8000 et 12000 euros mensuels. La différence vient des sponsorings, qui me proposent souvent des marques cosmétiques et lifestyle (moins lucratives) là où ils décrochent des deals matériel et énergisants (plus lucratifs). Le glass ceiling se trouve dans le sponsoring, pas dans le metric d'audience."

Témoignage 5 : Manager équipe esport, 34 ans

"Je suis manager d'une équipe esport française depuis 5 ans. Salaire 75000 euros annuels. Une analyse interne anonyme a révélé que mes collègues hommes au même poste touchent entre 90000 et 130000 euros, avec en plus des bonus de résultats 2 à 3 fois supérieurs. J'ai poussé pour une révision salariale en 2024, j'ai obtenu 10000 euros de plus mais l'écart structurel reste."

Ce qui doit changer concrètement

  • Transparence des grilles salariales imposée par les structures principales
  • Audit annuel par cabinet indépendant et publication des écarts
  • Compagnes de communication sur le sponsoring féminin pour valoriser ce segment
  • Soutien public aux ligues féminines pour égaliser les budgets
  • Mise en place de mentorats pour aider à la négociation dès l'entrée dans la profession

Ce qu'on en retient

L'égalité salariale dans l'esport français est loin d'être atteinte. Les témoignages anonymes montrent des écarts de 20 à 50 pour cent à compétences équivalentes, principalement dûs au sponsoring qui structurellement avantage les hommes. Quelques exceptions encourageantes existent (casteuses LFL) mais ne sauvent pas le constat. Les changements structurels demandent du temps et du courage collectif, et avancent moins vite que dans d'autres secteurs comparables.

Sources

  • Témoignages anonymes recueillis février 2026 (5 femmes pros esport français)
  • L'Équipe Esport, dossier Égalité salariale dans l'esport 2024
  • Women in Games France, rapport 2024 sur la situation des femmes dans la filière
  • Riot Games, statistiques officielles circuits féminins LoL et Valorant
  • L'Observatoire des Inégalités, données sectorielles sur le numérique 2024